Depuis 2021, la dégringolade de l’immobilier au Grand-Duché a bouleversé l’économie du pays. Après des “années dorées” où les transactions se réalisaient en un claquement de doigts et les prix des biens flambaient de mois en année (+ 16% rien qu’en 2020 !), le marché national a pris une claque magistrale. Face à des taux d’intérêts jugés trop élevés pour favoriser les achats, les acteurs du secteur ont vu leurs ventes dans le neuf ou l’ancien se rétrécir, chuter, « toucher le fonds » pour reprendre les mots de Jean-Paul Scheuren, porte-parole de la Chambre immobilière.

Sauf que depuis quelques mois, la tendance s’inverserait. « Je crois que cette crise a eu deux bienfaits : elle a permis à chacun de réévaluer ce qu’il était juste de consacrer comme dépense à l’achat d’un terrain, à la valeur de la construction. Mais aussi de revoir à quoi devait servir l’immobilier : spéculer seulement ou loger et correspondre aux attentes de la population. Là, les curseurs se sont bien réajustés. Il ne faut pas retomber dans les travers du passé !»

Et ce que les professionnels avaient pu constater au quotidien, l’Observatoire de l’habitat vient de le confirmer : l’activité sur les marchés immobiliers et fonciers a « poursuivi sa progression au 4e trimestre 2024 ». Suivant à un mouvement déjà frémissant au trimestre précédent. Ouf…

« On respire !»

Pour les agences et indépendants du secteur immobilier, cette reprise correspondrait à « un premier rattrapage des volumes perdus ces deux dernières années ». Les taux de crédit baissent, les prix ont été revus à la baisse, les acheteurs reviennent donc. « En fait, c’est aussi une question de confiance qui joue », ajoute Jean-Paul Scheuren.

Ainsi, nombre de familles ou d’investisseurs ont été rassurés à l’heure de signer un achat dans le neuf ou l’ancien. À leurs capacités financières propres, les divers aides ou incitatifs mis en place par le gouvernement luxembourgeois ont apporté « un complément rassurant ».

Et concrètement, sur le marché des logements existants, par exemple, « le nombre de transactions revient même à des niveaux supérieurs (pour les appartements) ou proches (pour les maisons) aux standards d’avant-crise ». Inespéré ! Les progressions sur un an donneraient même le tournis : + 108% pour les appartements et + 77% pour les maisons.

Même constat pour les biens en construction. Certes, là aussi, on part de niveaux de ventes exceptionnellement bas mais rares sont les acteurs qui auraient pu croire en un rebond des contrats signés de + 276% en un an. « L’immobilier luxembourgeois a perdu tout de même déjà de l’ordre d’un millier de salariés en quelques années. Là, les effectifs devraient se stabiliser et ne plus craindre pour leur place. On respire ! »

Sauf qu’aujourd’hui nul ne sait vraiment si cette bouffée d’air va s’inscrire dans le temps. « Les indicateurs de ce début d’année restent favorables, souffle toutefois Jean-Paul Scheuren. Mais l’on sait qu’après juillet, la plupart des aides temporaires de l’État (déjà prolongées) vont disparaitre. Comment alors va réagir le marché ? »

A priori, l’Europe mettrait en place, à son tour, des aides à l’achat immobilier, « le luxembourg devra s’y intégrer ».

Il faut aussi noter que la reprise récente s’est aussi appuyée sur un engagement de l’État ou des collectivités (comme la Ville de Luxembourg), notamment pour sauver des projets en cours de réalisation qui auraient pu capoter.

Avant le passage en 2025, le ministère du Logement a ainsi fait l’acquisition de 56 appartements en Vente en état futur d’achèvement (VEFA) du côté de Belval. Un lot qui s’ajoute aux 152 appartements déjà achetés auparavant en 2024. Une situation qui, là encore, ne pourra pas perdurer longtemps.

Tout comme il perdure des incertitudes sur l’immobilier de bureau qui, lui, a perdu encore en volume au cours de l’an dernière.

 

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