Souffrance et substances : le mauvais cocktail du monde du travail
Publié
par
Patrick Jacquemot
le 26/02/2025 à 17:02
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Chaque année, la Chambre des salariés (CSL) actualise son Quality of work Index. Sorte de baromètre du ressenti des salariés du Luxembourg dans leur cadre professionnel. Et le dernier indice paru signale que les temps sont décidément bien maussades au travail. « L’index s’est dégradé encore un peu plus depuis l’an dernier (3e année de baisse consécutive) mais, significativement, depuis dix ans que nous mesurons cet index, il se détériore… », regrette Nora Back, présidente de la CSL.
Chaque année aussi, la Chambre axe l’enquête menée auprès d’un échantillon représentatif de la population active au Grand-Duché. Et cette fois, les 2.939 participants ont eu à répondre de leurs addictions. Un thème rarement abordé, souvent stigmatisant, mais qu’il serait coupable de cacher.
Car oui, même si c’est loin d’être la majorité des salariés, on boit, on fume, on consomme de la drogue, on s’automédicamente de plus en plus sur son lieu de travail ou à cause de son activité professionnelle. Ainsi, boissons, tabac, cachets, cannabis et autres stupéfions apparaissent comme « une stratégie de gestion de sa douleur physique ou du mal-être psychique lié à l’exercice de son métier », souligne Anne-Marie Herdle du CNAPA (Centre national de prévention des addictions).
« Agir plutôt que regarder ailleurs !»
Tabac, alcool et cannabis reste ainsi les palliatifs les plus fréquemment reconnus. Mais ces substances ne s’emploient plus seulement dans la sphère privée, mais bien au travail ou pendant les pauses.
🍷14% des 16-64 ans interrogés reconnaissent par exemple avoir déjà bu au bureau, à l’atelier, sur un chantier, à l’usine. Près d’1 salarié sur 10 (💊8%) admet avaler de temps en temps des médicaments « sans néessité médicale » pour passer un sale moment. Cela quand 💨0,5% des répondants admettent avoir déjà fumé du haschich au milieu d’une journée en poste.
Au Luxembourg, un employeur ne peut pas, par lui-même, tester tout ou partie de ses personnels (éthylotest, analyse de salive, test sanguin). En cas de doute ou pour s’assurer des capacités d’employés à des postes à risques, il peut toutefois demander à la Médecine du travail ou à son service infirmier (s’il en a un) de le faire. Mais, dans la réalité, ce type de contrôle relève encore de l’exceptionnel.
Pour les équipes du CNAPA, l’entrée des substances dans le cadre du job doit pourtant pris très au sérieux. Déjà parce que l’entreprise est responsable de la protection de la santé de ses effectifs (et les addictions sont rarement positives en la matière) mais aussi, plus prosaïquement, parce que cela affecte aussi la sécurité et la productivité des individus. « C’est pourquoi il vaut mieux agir que regarder ailleurs ! », rappelle Anne-Marie Herdle.
Mais, selon l’étude, 18% seulement des entreprises luxembourgeoises prendraient la peine d’établir un programme de prévention sur les addictions. Trop peu au vu du problème discret mais bien présent.
Aussi, pour le CNAPA et la Chambre des salariés, les employeurs devraient suivre 5 recommandations :
- Intégrer l’évaluation des risques psychosociaux dans les évaluations des risques au travail. « C’est bien souvent parce qu’un individu ne trouve plus sa place dans le groupe ou de sens à son action qu’il a recourt à un produit ».
- Introduire un règlement interne sur ces “substances” et définir un Guide d’action.
- Monter un système d’aide/soutien interne « ou avoir recours aussi à des spécialistes externes sur le sujet »
- Former les cadres et sensibiliser les salariés « qui ont aussi un rôle d’alerte »
- Organiser ou rejoindre des actions préventives déjà menées : Dry january, Semaine de la santé mentale, etc. « Histoire de montrer que ces questions ne sont pas tabou dans l’entreprise. »
Mais du côté de la Chambre, c’est aussi vers la réduction des facteurs à risques qu’il faut agir. Et là aussi, il y a de quoi faire… Éviter le surmenage, veiller à ne pas multiplier les horaires de travail atypiques ou irréguliers, laisser plus d’autonomie aux salariés, soigner les relations internes et notamment à l’égard de la hiérarchie ou encore améliorer le cadre de travail (lumière, bruit, propreté ) peuvent avoir des effets significatifs pour que les unes et les uns délaissent leur addiction.
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